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La séquence inédite du droit de retrait massif concernant la sécurité ferroviaire à peine terminée qu’une grève éclate dans un technicentre d’Ile de France. La spontanéité et la force des mobilisations de ces derniers jours à la SNCF témoignent d’une colère profonde et partagée.

Lundi 21 octobre au soir les agent.e.s du technicentre de Châtillon, sur le réseau TGV Atlantique, cessent massivement le travail. Ils sont pourtant normalement tenus d’annoncer leur intention de cesser le travail 48h en amont, dans le cadre des mesures antigrèves du service minimum. Les équipes de relève(s), elles non plus, n’ont pas repris le lendemain matin et depuis, la grève tient toujours. Résultat, des dizaines de TGV sont supprimés depuis une semaine sur tout l’axe Paris/Nantes/Bordeaux, la maintenance n’étant plus assurée sur les rames.

A l’origine du débrayage, les agent.e.s ont appris que la direction souhaitait supprimer l’accord local sur leurs roulements de travail. Ils et elles perdraient ainsi 12 jours de repos, un coup dur pour ces agent.e.s flexibilisés qui bossent en 3X8, week-end et fériés compris, pour un salaire dérisoire. Face à la détermination et à la radicalité des agent.e.s de Châtillon soutenus par les syndicats SUD-Rail et CGT du site, la direction a cédé au bout de 4 jours : maintien des repos, majoration d’une 9ème heure de nuit pour tous les agent.e.s, pas de sanction pour la non-pose des déclarations d’intentions de grèves. L’assemblée générale de ce lundi 28 octobre a cependant refusé les propositions de la direction. En effet derrière la volonté de conserver leurs repos, d'autres revendications n'ont pas abouti et la colère est bien plus ancrée, et les grévistes l’expriment clairement dans leur communiqué « Notre colère est réelle et profonde, nous sommes déterminés à nous battre jusqu’au bout de nos revendications, pour le respect et la dignité. Nous ne pouvons plus accepter de travailler avec des salaires proches du SMIC et gelés depuis 5 ans, en sous-effectif et avec des agents qui démissionnent de plus en plus. Nous avons honte de voir comment la SNCF joue avec la sécurité ou encore le confort des voyageurs, pour des questions de flexibilité et de rentabilité. »

Les mesures antigrèves mises à mal

Comme lors de l’épisode du droit de retrait, la direction communique à fond sur le caractère prétendument illégal de ces arrêts de travail. En effet les grévistes de Châtillon ont cessé le travail sans poser leurs DII, (ils sont néanmoins couvert.e.s par un préavis de grève national posé par SUD-Rail). Les métiers de maintenance du matériel n'étaient pas concernés par ces déclarations préalables mais la direction SNCF les a récemment ajouté à la longue liste des métiers soumis à déclaration. La direction cherche ainsi à effrayer les agent.e.s et à mettre l’opinion publique du côté de la direction et non des cheminot.e.s. Mais cette stratégie a des limites, elle dégoute toujours davantage les travailleurs et travailleuses déjà à bout. Le délai de prévenance imposé à certains des métiers est un acquis antigrève des patrons qui leur est extrêmement précieux. En anticipant le plan de transports, en trouvant des remplaçant.e.s etc, ils réduisent l’impact et la force des grèves. Les deux mobilisations de ces derniers jours, à travers le droit de retrait et la grève spontanée, mettent à mal chacune à leur manière le carcan antigrève imposé aux travailleurs et travailleuses. C’est une démonstration considérable pour l’avenir.

Et maintenant ?

Et si le ras-le-bol des cheminot.e.s et les provocations à répetition de la direction rendait l’ensemble de nos chantiers et services explosifs ? A casser méthodiquement agent.e.s et conditions de travail, à supprimer les moyens syndicaux, à mettre à genoux les grévistes de 2018, à détruire le service public ferroviaire, nos patrons finirons bien par récolter des explosions qu’ils ne pourront plus contrôler.

Alors difficile d’annoncer désormais la suite, les sections SUD des autres ateliers ont empêché que les rames TGV de Châtillon y soient transférés pour casser la grève, la question de l'élargissement de la grève aux autres technicentres se pose évidemment. La direction a déja reculé mais elle semble désormais vouloir jouer le pourissement et utiliser cette grève pour monter l'opinion publique contre les cheminots.

Si la grève persiste et arrache, ne serait-ce que les premieres revendications des grévistes, cette grève constituera déja une victoire. Une grève spontanée, offensive et gagnante est un signe d’encouragement pour tous et toutes les travailleurs et travailleuses du rail. Le champ des possibles s’élargit. Derrière le droit de retrait massif suite à l’accident de Champagne Ardennes, comme derrière la grève au technicentre de Chatillon, c’est tout un bastion qu’ils pensaient à genoux qui semble relever la tête.

C’est aussi un signe encourageant à l’approche du conflit interpro qui s’annonce dans plusieurs secteurs à partir du 5 décembre contre le projet de casse des retraites. Et d’ici là, les surprises peuvent encore être nombreuses, alors continuons de préparer avec nos syndicats cette grève reconductible.

Le Rail déchaîné

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