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Un militant de l’UCL a pu participer à la Conférence de la résistance populaire palestinienne qui s’est tenue du 24 au 27 octobre dernier, dans le camp d’Al Farah non loin de Tubas en Cisjordanie. L’occasion de prendre le pouls de la résistance civile et non-violente à l’occupation et de renforcer la solidarité internationale.

Un militant de l’UCL a pu participer à la Conférence de la résistance populaire palestinienne qui s’est tenue du 24 au 27 octobre dernier, dans le camp d’Al Farah non loin de Tubas en Cisjordanie. L’occasion de prendre le pouls de la résistance civile et non-violente à l’occupation et de renforcer la solidarité internationale.

La Conférence de la résistance populaire palestinienne qui s’est tenue du 24 au 27 octobre dernier, dans le camp d’Al Farah non loin de Tubas en Cisjordanie est le fruit d’un long travail des militantes et militants de la résistance populaire (à savoir la résistance non-violente) issus du Comité de coordination de la lutte populaire (PSCC), de Stop The Wall (STW) et de comités indépendants.

Face à la férocité de la répression israélienne et la division des forces populaires, le mouvement de résistance pacifique palestinien se trouve actuellement dans l’impasse.

Conscients de ces difficultés, les militantes et militants palestiniens font aujourd’hui le choix de l’unité afin de définir une stratégie commune, d’aider les comités parfois isolés, et de renforcer les liens avec le mouvement international de solidarité.

Organisé·es initialement de façon indépendante vis-à-vis de l’Autorité palestinienne (le gouvernement palestinien), les responsables ont finalement dû composer avec la présence de membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), coalition de partis dominée par le Fatah qui dirige actuellement la Cisjordanie. Cette mainmise gouvernementale sur la conférence n’a pas été sans conséquence : des organisations de la résistance populaire, comme les Youth Against Settlements (YAS), basé·es à Hébron ont refusé de maintenir leur participation. Ce rejet de l’Autorité palestinienne, et de son chef Mahmoud Abbas, accusée de corruption, de trahison et d’immobilisme, est aujourd’hui un élément marquant dans l’opinion publique palestinienne.

Ce sont près de 200 participantes et participants, issus d’une vingtaine de comités populaires qui ont finalement participé à cette conférence. À leurs côtés, environ 80 internationaux étaient présents, venus notamment d’Espagne, d’Italie, de France, d’Ecosse, d’Angleterre, de Corée, de Catalogne.

Le drapeau de la Palestine sur une colonie

Si la première journée s’est avérée très formelle avec des prises de paroles de représentantes et représentants politiques et religieux et des tables rondes sur la perception de la résistance populaire par les «  officiel·les  », la seconde s’est révélée plus intéressante d’un point de vue militant. Des ateliers participatifs, mêlant Palestiniennes, Palestiniens et internationaux, avaient pour objectif de construire la stratégie de la résistance populaire et le soutien international : quelles actions pour la résistance populaire  ?  ; le droit international  ; la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Il a aussi été abordé la place des femmes dans la résistance populaire, qui devient un enjeu pris en compte par les militantes et militants.

Le troisième jour de la Conférence était consacré à une « action populaire » qui consistait à investir un avant-poste (colonie sauvage, considérée comme illégale y compris par Israël) dans la région de Tubas et à y dresser le drapeau palestinien. Jamais une telle action n’avait été menée selon nos camarades palestiniens. Plus d’une centaine de personnes y ont participé, dont beaucoup issus de la conférence, dont de nombreux internationaux et des Israéliennes et Israéliens anticolonialistes, essentiels dans ce genre d’initiative.

En effet, en cas d’intervention de l’armée d’occupation ce sont souvent eux qui vont au contact des militaires afin de protéger la fuite des Palestiniennes et Palestiniens. Les Israéliennes et Israéliens ne risquant que peu de sanctions de leurs propres autorités.

Cette action s’inscrit dans les nouvelles formes de luttes initiées depuis 2013 en Cisjordanie. Elles visent non seulement à protester mais à montrer la détermination des Palestiniennes et Palestiniens à réinvestir la terre volée. Action symbolique, couronnée de succès  : le drapeau palestinien a flotté sur un des baraquements de cet avant poste tenu par des colons extrémistes.

Cette manifestation nous a permis de prendre conscience de la répression orchestrée par l’armée israélienne contre la résistance palestinienne. Arrivée au moment de la dispersion, s’en sont suivies plusieurs heures de poursuites, d’attaques et de violences contre notre groupe de militants.

Bilan  : plus d’une trentaine d’arrestations parmi lesquelles neuf internationaux dont cinq Françaises et Français, des anticolonialistes israéliens et bien sûr des Palestiniennes et des Palestiniens. Le matériel des journalistes couvrant l’évènement a été confisqué ou détruit.

Sur le papier, la résistance populaire palestinienne sort renforcée de cette conférence avec un sentiment d’unification en cours. Néanmoins, la volonté de contrôler ce mouvement par l’Autorité palestinienne constitue et constituera un réel obstacle pour sa pérennité.

Quelle solidarité internationale ?

Les militantes et militants palestiniens rencontrés, quelle que soit leur appartenance partisane, sont unanimes dans leurs attentes vis-à-vis du soutien que les militantes et militants étrangers peuvent leur apporter, à savoir populariser leur cause dans nos pays respectifs par tous les moyens nécessaires  : conférences, débats , diffusion de films, distribution de tracts, rassemblements, etc. En France, le soutien pro-palestinien apparaît aujourd’hui divisé et vieillissant.

Intensifier la campagne BDS.

Si l’impact économique pour Israël peut paraître négligeable, le boycott culturel est quant à lui très efficace auprès de l’opinion publique, avec notamment les campagnes contre l’Eurovision et le partenariat entre les mairies de Paris et de Tel-Aviv.

Interpeller les pouvoirs publics en France (maires, député·es, sénateurs et sénatrices, etc.) pour que la situation de la Palestine continue d’occuper l’espace public.

La Conférence de la résistance populaire palestinienne a été une première marche vers la construction d’une stratégie nationale et internationale. Cette édification se réalisera si elle conserve un mode d’organisation local, citoyen et progressiste à condition qu’elle résiste aux tentatives de récupération.

Basile (UCL 93 centre)

Alternative Libertaire n°302, février 2020

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